CN PS 15/04/14: La France compte un intérimaire de plus…

CN PS 15/04/14: La France compte un intérimaire de plus…

Cet article a été initialement publié sur le site MLG Aquitaine à cette adresse.

Rappel du contexte:

Nous sommes convoqués pour un Conseil National du PS.
Contrairement à l’usage celui-ci est convoqué en semaine à 17h.
On voudrait éviter que les membres non-parisiens ne viennent que l’on s’y prendrait pas autrement.
Ordre du jour: analyse des municipales et mobilisations.

Parachuté de l’Elysée, il s’agit finalement de jouer le rôle de chambre d’enregistrement pour introniser Cambadélis.

On annonce la venue de Valls.
Puis dans la journée c’est annulé. On passera sur le fait que si statutairement le Conseil National est légitime pour désigner un premier secrétaire en cas de « vacance prolongée du poste », il est également précisé que cela doit figurer sur l’ordre du jour du Conseil National (ce qui n’est évidemment pas le cas) et qu’à moins que sans nous le dire Harlem Désir était «vacant» depuis un moment, l’esprit des statuts est quelque peut détourné de sa vocation. Bref.

 

Sur le chemin, je me fends d’un post:
«  Organisons l’amnésie collective sur les explications d’une branlée mémorable aux municipales. N’en tirons aucune analyse politique. Lançons un concours indécent de la nouvelle trombine qui fera semblant de tenir l’unité d’un parti qui ne parle plus avec ses militants. Ceux-là même qui ne sont bons qu’à faire des campagnes où l’on dit une chose pour faire son contraire une fois au pouvoir. Organisons consciemment, patiemment et méticuleusement la désespérance du peuple de gauche. Pleurons très fort. Regardons en face les ravages de ces pratiques dans l’histoire de l’europe. Et remettons un jeton…
Bref, je vais au #CNPS. ».

Un brin désabusé. Mais pas au bout des surprises.

1- De l’analyse des municipales…

…il ne fut plus question.
La nomination d’Harlem Désir à un autre poste n’est pourtant pas un fait politique aussi majeur que le choc que viennent de subir les forces de gauche aux municipales.
Eternellement en mode défensif, notre parti considère plus urgent de distribuer encore des postes plutôt que d’en faire une opportunité pour revenir vers des militants épuisés et déboussolés. Mais non, cette direction préfère tordre le bras aux statuts.
Puisque le Président avait décidé d’un nouveau Premier Secrétaire, malgré sa célèbre anaphore… il n’était plus question de faire de l’analyse politique, de parler du cap politique, du décalage entre les aspirations populaires et les politiques impulsées par François Hollande.
Et pourtant la convocation initiale portait sur le bilan des municipales.
A l’entrée de l’Assemblée Nationale, l’avertissement est net: seuls les titulaires sont autorisés. La raison : « la salle qui a été réservée il y a quinze jours risque d’être trop petite ». A croire que la désignation annoncée d’un premier secrétaire attire plus de monde que l’analyse politique d’une défaite mémorable.

2- Comment Maintenant la Gauche a préparé ce Conseil National ?

Rappel de l’approche de Maintenant la Gauche:
La démarche de Maintenant la Gauche n’est pas de se corneriser mais bien de rassembler.
Notre ligne n’est pas « gauchiste » comme on aime parfois à nous caricaturer.
Il s’agit seulement d’être en phase avec l’électorat socialiste. Et vraisemblablement majoritaire pour ce qui est des aspirations des militants socialistes.

Aujourd’hui nous nous situons finalement au centre de gravité de la gauche. Ni plus ni moins.
Et on doit nous reconnaitre notre constance dans l’analyse.
Et on doit nous reconnaitre notre exigence de toujours formuler et proposer une alternative.
Nous n’avons pas vocation à être des commentateurs du naufrage de notre parti.
Nous avons vocation à convaincre et à élargir. Et s’élargir ne veut pas dire se diluer.
Deux maitres-mots:
1- proposer, construire et démontrer qu’une alternative est possible.
2- être unitaire. Toujours.

Nos objectifs:
Pour Maintenant la Gauche, il s’agit d’exiger et obtenir la mise en place d’une direction collégiale avec un mandat clair:
– organiser des Etats Généraux pour libérer la parole.
– organiser un congrès pour en déduire l’orientation politique choisie

Redonner ainsi au Parti Socialiste une légitimité issue des militants qui prend en compte les derniers faits politiques.

Notre stratégie:
Autour de cette idée, nous avons choisi de fédérer toutes les sensibilités qui se retrouvaient sur cette ligne.
Cette initiative est dans le droit fil de toutes nos démarches et notamment notre lettre aux camarades, le communiqué « pour un Parti Socialiste libre » ainsi  que notre adresse au Président, qui a permis d’amorcer  le Communiqué des initiateurs de l’appel des parlementaires “les conditions de la confiance, pour un nouveau contrat de majorité”

Nous avons donc proposé à différentes sensibilités de se retrouver pour porter cette demande sur la base d’une motion d’ordre (A lire ici)

2- que s’est-il passé durant ce Conseil National ?

Acte 1:

Premier étonnement: Jean-Christophe Cambadélis s’installe àla tribune… Le coup de force permanent, comme disait l’autre.

La motion d’ordre initiée par Maintenant la Gauche a été présentée par Jérôme Guedj, Barbara Romagnan et Patrick Ardouin.
Nous rappelons qu’il s’agit de redonner la parole aux militants.
Dans le droit fil d’un grand nombre de motions fédérales remontées de tous les territoires. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises…

Deuxième étonnement:
Christophe Borgel prend la parole pour appeler à un vote contre cette motion.
« Il n’est pas l’heure de redonner la parole aux militants », « un congrès n’est pas utile », « les militants n’ont rien à dire lors des congrès »
On se dit qu’avec une telle entrée en matière, la démarche de Borgel est vouée à l’échec…
Que nenni.
Comme un seul homme, les mêmes qui dans leurs fédérations poussaient des cris d’orfraie sur l’attitude autiste de Solférino votent pour ne pas donner la parole aux militants … magnifique.
Vote à main levée: 131 Socialistes membres du CN ont voté contre cette motion d’ordre. Notre motion unitaire a tout de même réunie 54 voix.
Acte 2: 

Dépôt des candidatures pour le poste de Premier Secrétaire.
Ayant anticipé nos faibles chances que les membres du CN acceptent de revenir vers les militants, nous avions cherché à construire une candidature alternative à celle de Jean-Christophe Cambadélis.
20140415_181512La candidature d’Emmanuel Maurel apparaissait naturelle. Il avait été le candidat contre Harlem Désir, premier signature d’une des deux motions arrivées en tête lors de dernier congrès en conformité avec les statuts.
Mais, comme on ne change pas une méthode qui gagne, nous n’avons pu échapper aux quelques attitudes boutiquières des autres sensibilités. Qu’importe, une fois de plus nous avons été unitaires pour 4 !
Un compromis s’est construit autour de Sylvain Mathieu (en photo, solidement encadré entre Jérome Guedj et moi ;-)). Premier Fédéral de la Nièvre.
Un très bon candidat.

Prise de parole de Cambadélis. Prise de parole de Sylvain Mathieu.

Vote. A bulletin secret. (comme c’est l’usage lorsqu’on vote sur une personne).
Symbole fort malgré l’expérience des élections locales: l’urne est opaque…

Le résultat est à lire en deux temps:
Votants : 231
Bulletins nuls: 12
Exprimés: 219
Cambadélis : 147 – Mathieu: 72

– la candidature de Sylvain Mathieu fait 33% soit plus que ce qu’est censé peser la seule « aile gauche ». Donc la stratégie unitaire produit des résultats. Nous fédérons aujourd’hui au-delà de nos rangs.
– le score de Sylvain Mathieu est plus élevé que celui de la motion: c’est l’effet magique du vote à bulletin secret. Loin des regards certains semblent mieux assumer leurs convictions

Cambadélis est donc désigné premier secrétaire par intérim

Acte 3: tour de vis de Cambadélis

Nous ne sommes pas déçus: présentation de la nouvelle direction nationale, qui, évidemment était prête… sympa pour le respect de l’issue du vote…
« Tout ceux qui ont voté contre ma candidature n’ont pas vocation à rejoindre cette direction »… Mais euh… ce n’était pas à bulletin secret le vote ???
Bref UMA n’est plus associé à cette direction. Exit du Secrétariat National.
On retiendra pour le principe qu’UMA réussit le tour de force d’être associé au gouvernement et refoulé de la direction nationale. Mais on doit saluer la prise de position collective d’UMA.

Vote sur le secrétariat national: n’étant pas concernés, comme lors du vote du secrétariat national d’Harlem Désir, nous n’avons pas vocation à participer à ce vote.
Les titulaires encore présents d’UMA s’abstiennent.

3- Quelles sont les conclusions de ce Conseil National ?

> Rien ou si peu sur les municipales et sur les européennes.

> Les lignes bougent.

> La France compte un intérimaire de plus…
Jean-Christophe Cambadélis. Désigné premier secrétaire par interim.
Espérons que cela aidera le PS à mieux prendre en compte les aspirations des intérimaires, intermittents et précaires.
Histoire de souffler de bonnes idées au gouvernement.

> A la manière de François Hollande dont la majorité s’étiole, ce n’est plus qu’une minorité de la motion majoritaire qui participe au secrétariat national de Jean-Christophe Cambadélis… beau signe de capacité à rassembler son camp.

> Le mode de désignation de Jean-Christophe Cambadélis laisse à désirer…
L’adage veut que « La manière dont on exerce le pouvoir est directement liée à la manière dont on y accède »
Nous pensons que qui que soit le Premier Secrétaire, il doit disposer d’une légitimité.
Elle ne peut être donné que par le vote du militant.
Il faut redonner le pouvoir au militant.

Dans un prochain billet retour, je reviendrai sur les perspectives et les débouchés politiques de cette séquence pour MLG

Gérald Elbaze/
Membre titulaire du CN
Maintenant la Gauche.

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