Les « limites de résilience écologique et sanitaire de notre ville » : les mots ne font pas la vertu

Les "limites de résilience écologique et sanitaire de notre ville" : les mots ne font pas la vertu

Préambule : la démocratie locale revendiquée par l’équipe municipale actuelle impose qu’elle soit en capacité d’entendre voire de faire preuve d’écoute avec d’autres positions que les siennes et même avec ses contradicteurs. D’autant que cette exigence de démocratie locale a été affichée comme étant une des grandes promesses permettant de différencier cette équipe de la précédente. Il n’y a donc aucune raison que cette contribution au débat démocratique suscite un rejet parce qu’elle serait critique. Ce devrait même être tout le contraire.


Lors du Conseil Municipal du 11 mars 2021, une nouvelle notion est tombée, en plein débat d’orientation budgétaire, brute de décoffrage dans le débat politique local : « les limites de résilience écologique et sanitaire de la ville« . Tout ce que nous en savons, pour l’heure, c’est que « nous nous en approchons« .
On ne sait pas très bien de quoi il s’agit mais ça fait carrément flipper!
Cette notion est donc désormais tellement importante, qu’elle constitue un indicateur majeur des orientations des politiques publiques de la nouvelle équipe.  Orientations budgétaires, orientations d’urbanisme, orientations d’équipements publics, etc… Ce n’est donc pas un petit sujet !

Du coup, j’ai attendu, durant les 40 minutes qui suivirent qu’on me dise, enfin, ce qu’était que cette « limite de résilience écologique et sanitaire ». Depuis 20 ans que je suis les questions écologiques (j’avoue le sanitaire beaucoup moins), je n’avais jamais entendu ni vu passer ce concept et cet indicateur. Je me suis dit « les loustics, ils ont bossé quand même »… J’attends. J’attends…

Bon je me suis dit ils n’ont pas eu le temps de l’aborder (dommage pour une notion qui justifie les orientations majeures d’une commune…), alors je me suis documenté. Je vous rassure, je n’ai évidemment rien trouvé. Cette notion n’existe évidemment pas, ses modalités de calcul non plus… ce qui explique probablement que M. le Maire précise à l’endroit de l’un de ses opposants qu’elle n’est pas chiffrée… mais… pourtant on sait qu’on est en train d’atteindre cette limite…
Imaginez donc la situation : une limite, chacun voit ce que c’est  ? Bon, ben là, on ne sait pas où elle est, mais… on sait que nous sommes en train de la franchir ! Au point même que cela justifie l’essentiel de la politique publique d’une commune.

Ok…
Demeurent donc 3 possibilités :

  • une intuition : et c’est tout à fait respectable dans ce cas, mais il faut la présenter comme telle et ne pas l’affirmer comme un fait cartésien, démontré et démontrable.
  • une conviction : ce qui peut être tout autant respectable, mais il faut dans ce cas partager les éléments tangibles qui fondent cette conviction, notamment pour la différencier d’une croyance. Il serait en effet peu acceptable qu’une ville soit administrée sur la base d’une simple « croyance ».
  • un concept fumeux : qui consiste à se servir de la peur (la notion de limite atteinte), d’un concept politique (l’écologie), que l’on prend sous l’aspect affectif et culpabilisant (la résilience) auquel on ajoute l’ingrédient qui fait bien flipper en ce moment (le sanitaire) Et hop chat-bite (comme disait les Guignols de l’info), plus personne ne peut rien dire puisqu’on a utilisé tous les mots magiques. Ceux qui ne sont pas d’accord sont mécaniquement incompétents, irrationnels pour ne pas dire inconséquents. Fermez le ban.

Constatant le ton affirmatif pour ne pas dire vindicatif employé (en mode « nous partons en croisade »), il n’y a pas la place pour que ce soit une intuition. Aucun élément tangible d’explication n’ayant été fourni, et rien, dans la littérature et les concepts de l’écologie ne renvoyant à cette notion, il est peu probable qu’il soit ici question d’une conviction. Il peut s’agir d’une croyance. Mais il est plus raisonnable de penser qu’il ne s’agit que là d’un concept… hélas fumeux.
Et voici pourquoi…

Limite, résilience, écologie, sanitaire : jonglons avec les mots

Après avoir entendu cette phrase j’ai immédiatement pensé aux Conférences Gesticulées de Franck Lepage. Regardez plutôt ce court extrait de 5 minutes qui vaut toutes les explications du monde:


Et maintenant que vous avez compris le principe, jouons ensemble …
4 mots : limite, résilience, écologie, sanitaire… et jouons à la manière de Franck Lepage… Et regardons les phrases que nous pouvons agencer pour ne pas dire grand chose, voire son contraire…

« Il apparait désormais évident que les questions sanitaires nécessitent de poser des limites en terme d’écologie si nous voulons garantir notre résilience. Mais dans le même temps, cette approche de résilience nous impose de prendre nombreuses mesures écologiques dans la limite, évidemment, des exigences sanitaires. C’est pourquoi, nous pouvons désormais le dire, notre ville est sur le point d’atteindre ses limites de résilience écologique et sanitaire. »

 

Voilà… voilà.

Tout cela pour prêter à rire, si ce n’était si grave. Car en réalité, cette utilisation d’un vocabulaire officiellement très ambitieux, masque mal la réalité de ce qu’il entend masquer.

En France, quand on veut masquer les réductions d’effectifs et de budget, on multiplie les concepts fumeux : des escroqueries sémantiques, […]: « démarche qualité », « projets annuels de performance », « diagnostic infirmier »… Savez-vous ce que c’est que le diagnostic infirmier ? Cela consiste à faire croire aux infirmiers qu’ils sont capables de poser un diagnostic à la place du médecin, ce qui permet évidemment de réduire le nombre des médecins hospitaliers.
— Glacé (2011) de Bernard Minier

Quand le mot « résilience » sert d’écran de fumée au conservatisme le plus ancré.

Qu’est-ce que la résilience ?

La résilience est la capacité de certains matériaux à reprendre leur forme initiale après un choc. Ce terme est utilisé par extension pour décrire la capacité de certains écosystèmes, individus ou sociétés à se reconstruire après une grave perturbation. D’ores et déjà, il est important de souligner que la résilience écologique, psychologique ou sociétale ne décrit pas exactement le même processus que la résilience des matériaux, car l’état initial ne peut jamais être restauré complètement. Il s’agit de différents processus d’adaptation et de reconstruction pour atteindre un nouvel équilibre grâce aux ressources. (source)

Le concept de résilience écologique peut donc être utilisé pour montrer la nécessité de récréer des écosystèmes. J’y reviendrai.
Le concept de résilience sanitaire pourrait être utilisé pour montrer la nécessité de concevoir des formes économiques et sociales capable de subsister dans un contexte sanitaire comparable à celui que nous connaissons actuellement. J’y reviendrai également.

Ainsi, il apparait que le mot « résilience », tel qu’il est employé par le maire est au mieux un abus de langage, probablement un contre-sens et plus vraisemblablement un écran de fumée.

  1. la situation actuelle de notre ville est décrite comme insatisfaisante du point de vue écologique. C’est en tout cas le diagnostic qui a été fait à de multiples reprises : qu’il s’agisse de la consommation énergétique des bâtiments municipaux, de la vétusté des équipements d’assainissement, de l’imperméabilisation des sols, des désordres environnementaux liés aux transports (aériens, terrestres, …), et tant d’autres. Dès lors, il est probable que personne, pas même le maire, ne souhaite que la ville « reprenne sa forme initiale », ce qui correspondrait à la notion de résilience. Il est en revanche nécessaire de mettre en œuvre des politiques publiques de transformation, voire de conversion des habitudes d’une population, d’entreprises et d’administration pour aboutir à un écosystème nouveau, qu’on construit délibérément pour être plus résilient. La résilience ne peut donc pas être une limite mais un objectif.
  2. l’ensemble des études démontre que la présence de l’humain nuit à la résilience d’un écosystème du fait de ses interactions. Un des principaux leviers pour limiter cet impact de l’humain sur les écosystèmes naturels repose sur la limitation de l’étalement urbain. Le corollaire est alors évident : il faut favoriser la densification urbaine. C’est le sens de la loi ALUR et avant cette loi, c’est le sens des conclusions du Grenelle de l’Environnement. Or, revendiquer de limiter la croissance de la population de notre ville signifie:
    1. accentuer l’étalement urbain en renvoyant les populations métropolitaines toujours plus loin.
    2. accentuer les transports individuels polluants sur des trajets toujours plus longs
    3. accentuer le transit d’acheminement des matières indispensables à la vie de ces populations
    4. augmenter significativement l’imperméabilisation des sols des nouvelles zones d’implantation. Et augmenter ainsi le nombre d’écosystèmes impactés.
    5. renvoyer les populations les plus fragiles toujours plus loin des centres urbains. Préparer ainsi des zones de relégation de demain (les banlieues au sens littéral) et diminuer très significativement le reste-à-vivre de ces populations et leurs accès aux équipements publics (hôpitaux, universités, culture, etc…). C’est donc n’avoir rien compris aux attentes légitimes des gilets jaunes.
  3. le fait de « fixer » le sujet de la résilience en lui accolant le terme de « limites » est donc l’exact contraire de la raison d’être de cette terminologie : la notion même de résilience consiste en un colossal défi de conduite du changement, certainement pas du maintien de l’existant. Changement de modèles, changement de postures, changement d’approches.

L’affrontement entre le cadre de vie de quelques-uns et l’intérêt collectif des humains

Résumons simplement les choses : une équipe municipale est élue par les votants. Donc les personnes déjà installées. Les administrés de demain ne votent pas.
Ainsi le principe démocratique porte, dans ce cas précis, un paradoxe destructeur : il est toujours plus « rentable » pour se faire élire, de promettre le maintien du cadre de vie de quelques-uns que de s’engager dans une transformation profonde qui impactera effectivement chacun des citoyens actuels. Y compris pour faire de la place pour les nouveaux arrivants. Il s’agit là de la paresse coupable d’une grande partie du personnel politique qui, par ailleurs, détourne un grand nombre de citoyens de la contribution à notre démocratie.

Un politicien pense à la prochaine élection. L’homme d’Etat, à la prochaine génération.
– James Freeman Clarke

Ainsi promettre de « sanctuariser » les acquis de quelques-uns se fait le plus souvent au détriment de celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de s’installer jusqu’à présent. À ceux-là, on leur dit : « allez plus loin, allez ailleurs, débrouillez-vous »; soit le mécanisme traditionnel de relégation qui frappe notre société depuis si longtemps. Alors pour se donner bonne conscience, et que cela ne sente pas trop le souffre, on tente de se donner bonne conscience, en habillant tout cela d’un vernis pseudo-écolo qui consiste en une triple escroquerie:

  • cette approche n’a strictement aucun fondement écologique. C’est même tout le contraire.
  • cette approche abime la belle idée de l’écologie, notamment pour les plus fragiles, puisqu’elle justifie leur relégation, alors même que ce sont eux qui ont le plus à gagner à cette conversion.
  • cette approche tue la notion même de résilience puisqu’elle vient défendre un modèle qui est tout sauf résilient. Il est juste conservateur. Ce qui est bien différent.

Pour ma part, je reconnais parfaitement le droit à cette option politique d’exister:

Revendiquer de construire un Neuilly péri-métropolitain, véritable espace protégé dans le seul intérêt des citoyens déjà installés est parfaitement légitime. C’est même parfaitement payant électoralement. C’était même la position d’Hervé Seyve. Sa seule erreur, dans cette approche, n’aura été que de ne pas servir les intérêts de quelques propriétaires qui voyaient d’un mauvais œil leurs horizons se transformer. Son principal échec aura donc été – paradoxalement – de ne pas avoir été suffisamment conservateur, et d’avoir échoué dans la conduite du changement.

Ce que je combats, c’est de faire croire, qu’il s’agit là d’une approche progressiste, voire mâtinée de gauche, et fondée sur des raisons qui relèveraient de l’écologie : je prétends qu’il s’agit là non seulement d’un escroquerie intellectuelle, mais qui plus est d’une falsification éthique et politique. Cette approche est une approche conservatrice et réactionnaire: elle vise à préserver les intérêts de quelques nantis (dont je suis), au dépend des générations qui viennent. C’est une politique qui dispose de tous les marqueurs de droite.

Et paradoxe ultime, cette démarche ne dispose même pas des quelques avantages d’une politique de droite ! Là où une politique de gauche n’a pas d’état d’âme à lever l’impôt pour améliorer et augmenter les services publics d’une ville (au bénéfice de tous les citoyens quels que soient leurs patrimoines), et là où une politique de droite préfère dégrader les services publics pour préserver la fiscalité de ceux qui ont déjà beaucoup (et qui peuvent donc se passer des services publics), cette nouvelle équipe parvient à augmenter les impôts (fonciers), sans pour autant s’engager dans une amélioration des services publics… la seule justification de cette augmentation d’impôt est de pouvoir compenser la « sanctuarisation » (terme employé durant la compagne électorale) de quelques espaces verts (dans une commune de 120,6 km2 (soit 12 060 hectares), dont les surfaces urbanisées représente moins de 5%… vous le sentez l’impératif écologique là ?). Ce choix, parfaitement respectable et défendable, avait en revanche une contrepartie : trouver les ressources de compensation. Soit rien n’a été prévu en la matière, soit dès le départ, c’était l’augmentation de la fiscalité qui était prévue pour y faire face. Mais c’est là aussi une escroquerie que de faire croire qu’il s’agit d’une découverte. Il s’agit d’un choix. Qui là encore semble ne pas être assumé. Et feindre de le découvrir en dit long.

S’il fallait nommer l’orientation politique de pareille approche, elle révèle les quatre marqueurs désormais bien connu du macronisme :

  • la marque du « en même temps » : prétendre en même temps « servir » un groupement d’intérêt de quelques citoyens et prétendre agir pour l’écologie, alors que les deux sont parfaitement contradictoires. Manifestement.
  • la manière de traiter l’écologie : on fait des grands moulinets avec les bras sur le sujet (convention citoyenne, etc…) pour finalement prendre des décisions qui vont à rebours des grandes conclusions et des exigences environnementales.
  • l’appropriation d’un vocabulaire lié à une idée progressiste, sous couvert de modernité, en le vidant de sa raison d’être aux seules fins électoralistes.
  • la marque de mépris : par l’emploi de mots magiques, en général étayés par rien, on convoque une vérité indépassable, qui ferme le débat au lieu de l’ouvrir. C’est l’idée que Macron a emprunté au libéralisme de Thatcher : « there is no alternative » (TINA)

La résilience écologique et sanitaire : l’écart abyssal entre le dire et le faire.

Dés-engagements sanitaires

Dans une vidéo postée sur Facebook le 24 juin 2020, le candidat d’alors, désormais maire, évoquait la nécessité de préparer des réponses concrètes sur la question de la Covid-19, dans l’hypothèse d’une possible deuxième vague, notamment pour le champ scolaire et périscolaire.  Le message laissait à penser que l’équipe d’alors avait sous le coude des propositions concrètes pour que ces deux environnements – relevant de la compétence directe de la commune – puissent aller vers (bingo!) une forme de résilience sanitaire. L’occasion de voir, par la preuve, les actions concrètes en la matière. Ainsi, après avoir connu une première crise sanitaire, il s’agissait de faire en sorte que ces deux environnements puissent être repensés et remodelés pour pouvoir être résilients, c’est-à-dire pouvoir être significativement améliorés pour permettre un fonctionnement effectif, même en cas de nouvelle crise. Concrètement cela signifie principalement : pouvoir améliorer la distanciation et la ventilation de ces deux environnements.
Nous avons bien regardé :

  • est-ce que les restaurants scolaires bénéficient d’un agrandissement et/ou de modalité de fonctionnement permettant d’améliorer significativement la distanciation dans cet espace où l’on sait que le risque est le plus élevé? La réponse est non.
  • est-ce que les salles de classe bénéficient d’un agrandissement et/ou de modalités de fonctionnement permettant d’améliorer significativement la distanciation? La réponse est non.
  • est-ce que les salles d’accueil périscolaire bénéficient d’un agrandissement et/ou de modalités de fonctionnement permettant d’améliorer significativement la distanciation? La réponse est non.

À date, la seule chose qui a pu évoluer a été portée par l’éducation nationale (évolution des protocoles sanitaires).

Est-ce que quelque chose a été fait pour la résilience sanitaire du secteur scolaire / périscolaire ? Pour ma part je n’ai rien trouvé qui aille dans ce sens. À court, moyen ou long-terme.

Est-ce que quelque chose a été fait pour la résilience sanitaire dans le champ associatif (cf intervention) ? Pas davantage. On peut même dire que rien n’a été mis en œuvre pour accompagner opérationnellement les associations, si ce n’est suivre avec une assiduité exemplaire les circulaires préfectorales, sans pour autant mettre en œuvre des solutions conjoncturelles ou structurelles, permettant d’améliorer significativement la résilience sanitaire des équipements dévolus aux associations. Précipitant ainsi leur désaffection.

À la manière des mesures actuellement mises en place nationalement, rien n’a été fait pour construire un nouvel écosystème capable de fonctionner si la crise devait se prolonger. C’est donc une occasion manquée de prendre des mesures concrètes pour une réelle résilience sanitaire.

 

L’arbre qui cache la déforestation

Il est facile de revendiquer les « limites de résilience écologique » de notre commune, pour justifier le rejet des populations qui ont besoin de s’installer. Mais apparemment cet argument est à géométrie variable.

Le phénomène de résilience écologique a été observé, décrit et théorisé à partir des années 70-80. Un chercheur américain, David Thilman, constata que seules les parcelles abritant le plus de biodiversité avaient résisté à la grande sécheresse de 1988 qui avait causé la perte de toutes les récoltes dans les prairies du Minnesota. Dès lors, il semblait que seuls les écosystèmes présentant la plus grande variété d’espèces pouvaient encaisser une perturbation grave et se régénérer. Par la suite, d’autres travaux ont complété la description en intégrant la diversité génétique et la diversité des milieux. Les écosystèmes les plus complexes sont donc présentés comme ceux ayant le plus fort taux de régénération, par exemple la forêt tropicale qui semble pour l’instant résister au réchauffement climatique.

Un des éléments clés de la résilience écologique relevé consiste justement à recréer les milieux naturels pour être capable « d’encaisser » les chocs qui viennent. Voire rééquilibrer les déséquilibres portés par l’homme.

Et pourtant… Souvenez-vous, c’était il n’y a pas si longtemps. C’était il y a à peine un mois. C’était lors du dernier conseil municipal…
On nous y présentait le projet photovoltaïque de Laperge Energies. Il y était question d’une décision portée par la majorité actuelle, sans même attendre l’avis du Conseil National de Protection de la Nature (prévu pour juin 2021), il était question d’arrêté de dérogation pour le
déplacement et la destruction d’espèces protégées, de permis de défrichement, d’une zone forestière d’une superficie de 44,3 hectares. Rapide calcul : on considère qu’une forêt correctement entretenue dispose de 300 pins par hectare. Soit environ 13 200 pins pour cette superficie.
Un pin consomme entre 50 et 90 litres d’eau par an, soit 70 litres en moyenne. Cette zone forestière permet donc l’absorption de près de 924 000 litres d’eau par an. Ce calcul vaut ce qu’il vaut mais néanmoins, on est autorisé à réfléchir sur la manière dont une telle décision contribue ou non à la « résilience écologique » de notre territoire.
Si on considère une exploitation de la ferme photovoltaïque sur 30 ans… et les 580 hectares partis en fumée en 2015… on est en droit de s’interroger sur la cohérence entre pareille proclamation de « limites » qui deviendrait l’outil d’aide à la décision ultime… et la réalité des décisions que nous pouvons constater.

 

Entre greenwashing et méconnaissance, un dangereux pas de danse.

Il ne suffit pas d’employer les concepts pour en être à la hauteur. Pire, le risque de les dévoyer n’est pas négligeable. Et le moment venu, certains en auront tellement abusé que plus personne n’acceptera les décisions devenues indispensables. Voici en quelques mots la sombre histoire qui se trame derrière ce tour de passe-passe à l’occasion d’un débat d’orientation budgétaire. Et qui finit de convaincre les citoyens qu’on les prend pour des abrutis.
On se fait élire sur une vague prétention d’écologie, on en utilise les mots totems et on fait exactement le contraire. Cela suscite la désorientation d’un citoyen qui a envie de faire confiance, et qui une fois encore est confronté à une désillusion pour ne pas dire une désorientation. C’est ainsi qu’on fait grossir les rangs des citoyens qui sortent du débat démocratique tant il est stérilisé par celles et ceux qui devaient le faire vivre avec exigence et loyauté.

Mal nommer les choses, jugeait Camus, c’est ajouter au malheur du monde. C’est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge.

Mais tout le monde peut s’améliorer. À condition de le vouloir. Et de ne pas voir dans la critique que l’expression revancharde d’un ennemi. Mais une occasion collective de s’améliorer.
C’est même à cela que devraient servir les conseillers. C’est même leur raison d’être. Encore faut-il qu’ils ne soient pas tétanisés à l’idée de déplaire au roi.

2 commentaires


  1. Globalement j’apprécie votre analyse de ce pseudo concept invoqué par notre édile du moment.
    Il est de plus en plus évident que l’insuffisance de préparation des dossiers voire la méconnaissance profonde du contexte dans lequel évolue notre ville conduit à utiliser un discours strictement composé « d’éléments de langage » (nouvelle plaie du monde de l’incommunication) que personne ne sait traduire en mots (ni actes bien sûr) du quotidien.
    Je note toutefois que votre présentation du Neuilly illacais n’est pas très compatible avec l’esprit ZAC que l’équipe municipale précédente s’est évertuée à mettre en œuvre ! Au contraire la densification recherchée par les urbanistes d’aujourd’hui était à la portée de la ville tout en conservant une part significative du cadre de vie des occupants actuels.
    Ensuite, faire payer à tous les propriétaires (actuels et à venir) l’accaparation de terrains communaux au profit d’une très infime minorité mériterai aussi une analyse approfondie du discours de campagne….


  2. Bonjour.
    Je suis plus circonspect sur l’utilisation des mots: il est en effet possible que les personnes soient sincères. Et je ne suis pas sûr que ce ne soit pas pire…
    Mais d’autres en d’autres temps n’ont pas forcément fait très différemment : je pense notamment à la démocratie locale et la transparence. Quelques articles antérieurs pourront rappeler d’autres bons souvenirs 😉
    Sur la question du Neuilly illacais, hélas c’est une forme de constance dans notre ville. Et c’est humain : les citoyens sont venus habiter une commune pour des raisons et aspirent à ce que ces raisons perdurent. C’est tout l’enjeu de l’accompagnement au changement. Il n’est pas naturel d’une part et pas payant électoralement parlant.
    Sur le travail urbanistique, vous le savez, je suis en désaccord : l’accompagnement au changement suppose de construire une acceptabilité. Et construire des facades aussi hautes et aussi abruptes a des effets désastreux sur cette acceptabilité du changement. Il faut donc imposer des chartes urbanistiques qui garantissent l’inclusion dans le tissu urbain et environnemental. Le Teich par exemple a plutôt bien réussi ce pari.
    Pour ce qui concerne le mécanisme fiscal utilisé non pas pour développer la ville et les services publics mais financer quelques avantages à quelques-uns, je suis (hélas) bien d’accord. Mais ça sera l’objet d’un prochain article.
    En tout cas, vous pouvez le constater, l’exigence de décryptage dont j’essaie de faire preuve aujourd’hui n’est pas très différente de celle d’antan.
    Il est donc regrettable que l’écoute d’aujourd’hui soit (hélas) de meilleure qualité qu’auparavant. Le débat démocratique gagnerait à une forme de constance… Non ?

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