Tariq Ramadan à Bordeaux: faire République pour résister.

Tariq Ramadan à Bordeaux: faire République pour résister.

La venue de Tariq Ramadan à Bordeaux suscite émois, débats, mobilisations. Pour de multiples raisons. Nous devons y voir le signe que notre démocratie est vivante, lucide, combative. Et qu’elle ne renonce pas.


Résolument, nous revendiquons et nous nous battons au quotidien pour que chacun, tous, puissent disposer d’une liberté d’expression.
Cette liberté d’expression, dans notre Etat de droit, est encadrée par la loi. C’est parce qu’elle est encadrée par la loi, qu’elle peut et doit être garantie.


Même les expressions les plus infamantes doivent pouvoir être exprimées dans l’espace public. Ce qui n’interdit pas de s’interroger quant à l’utilisation de moyens publics pour y parvenir.


La tentation est grande de contraindre ces expressions à une forme de clandestinité, à ce qu’elles s’enterrent dans des cercles fermés. Mais cela ne sert l’intérêt de personne sinon à favoriser la victimisation de ceux là mêmes que l’on prétend combattre.
Tenus dans l’espace public (ce qui ne signifie pas utiliser les moyens publics), les excès de ces expressions peuvent et doivent alors être combattus et sanctionnés par la loi.

Parce que nous défendons un État de droit par opposition à un état policier où le réflexe de suspicion se substitue à l’exigence de justice, notre combat se fait sur la base des expressions constatées qui contreviennent aux lois et pas sur un empêchement a priori qui prendrait alors les atours de l’arbitraire ou de la présomption de culpabilité. C’est l’honneur, le sens et la puissance de notre République.


Tout ce qui contrevient à la loi doit être porté devant le juge. Sans faille. Systématiquement.


Même si nous ne sommes ni naïfs ni neutres face à l’habilité de quelques-uns à jouer sur l’ambiguïté des expressions pour se départir de la loi , ou pour tenter de la contourner. Comme ils cherchent à contourner notre République.

C’est pourquoi le combat sur le terrain des idées est tout aussi nécessaire. Tariq Ramadan fait usage de sa liberté d’expression. C’est son droit. Nous combattons pour notre part toutes les idées qui visent à diminuer les libertés de certains. Et plus encore lorsque l’alibi de la «liberté d’expression» est utilisé pour diminuer la liberté des autres.


Nous revendiquons une République qui inclut, qui rassemble, par opposition à toute démarche de stigmatisation, de rejet de l’autre.
C’est le sens de notre combat contre toutes les mesures d’exception, dont récemment celle de la déchéance de nationalité.
Nous ne pouvons donc que combattre les actes et les mots, tels ceux de Tariq Ramadan, qui font la promotion d’approches communautaires, qui abiment, fracturent et morcellent notre République.


Il faut donc combattre les idées qu’il porte et qui vont à contre-sens des intérêts de notre République et de tous ceux qui la constituent, dans leur diversité, y compris de celles et ceux qui se sentent si souvent délaissés par notre République. Et qui deviennent parfois par curiosité, parfois par confusion, souvent par sentiment d’abandon, la proie des prédicateurs de tous poils.
Le meilleur moyen pour lutter contre les idées nauséabondes qui abiment la République demeure une République fidèle à ses principes, plus présente, plus juste, plus sociale. Partout. Pour tous.


Faisons République. Ensemble. Il est encore temps.



Premiers cosignataires: Gérald Elbaze, militant politique et associatif, Manuel Dias Vaz, président de la section bordelaise de la Ligue des Droits de l’Homme, Jean-Claude Guicheney, Président de la Fédération Girondine de la Ligue des Droits de l’Homme.

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