Au bal masqué

Au bal masqué

Monsieur Hervé Seyve a donc choisi de masquer les chiffres. De masquer les faits.
Illac-en-scène, Hervé Seyve est ravi d’en parler lorsqu’il est sous les projecteurs.
Illac-en-scène, Hervé Seyve refuse d’en parler lorsque ses administrés veulent savoir ce que ça a coûté à la commune.
Black-out… Malgré la loi. Malgré sa parole. Malgré ses écrits.
Au-delà du strass et des paillettes, voici le coté obscur de l’histoire.

Hervé Seyve filmé par TV7
Hervé Seyve filmé par TV7

Dans un article précédent, je revenais sur l’opération Illac-en-Scène. Comme je l’ai déjà dit, il ne s’agit pas pour moi de m’exprimer sur le bien-fondé artistique. Ce n’est pas le sujet. On peut même dire que je suis a priori plutôt favorable à tout ce qui peut contribuer au vivre-ensemble et au partage des cultures.
En revanche, tout administré est en droit de se poser des questions sur le bon usage des deniers publics, lorsque de telles sommes sont dépensées pour un évènement. Et plus encore lorsque tout au long de l’année, la collectivité renonce à financer des gilets jaunes, à chauffer le nouveau dojo, à faire exécuter en préventif des réparations dans une école préférant placer les élèves dans des préfabriqués, diffère des travaux d’éclairage public où circulent des enfants, majore le prix de la restauration scolaire pour un simple oubli, ou fait des économies sur les personnels des centres de loisirs au point d’augmenter les files d’attentes, etc… Et nous pourrions continuer à l’infini cette liste à la Prévert des renoncements municipaux. Tout est histoire de priorité. Et ce qui fait débat c’est bien la hiérarchie de ces priorités.

Alors, comme tout administré peut d’ailleurs le faire, j’ai demandé l’accès aux documents administratifs et financiers de cette opération. Bienvenue au bal masqué !

« À la parole on connaît l’homme »

Au lendemain de Illac-en-Scène, j’ai donc fait une demande d’accès aux documents. Cette demande a reçu une réponse dans la semaine qui a suivi. Je me suis alors dit que les conflits précédents, et notamment la décision de la CADA, avaient manifestement contribué à faire évoluer les pratiques locales. Quelle illusion! 

Déjà le courrier témoignait de l’ambiguïté qui allait caractériser cette recherche d’information: « il s’agit essentiellement du contrat de coproduction tripartite… ». Déjà on m’informe qu’il n’y pas que cela comme document, mais qu’on allait restreindre mon information à ce document. Qu’importe! 

Après avoir pris rendez-vous à la mairie, j’ai pu accéder à ce document ainsi qu’à l’attestation d’assurance. On y apprend déjà bien des choses ! Mais en réalité n’y figure que ce qui était convenu. Rien de ce qui s’est finalement réalisé n’y apparait.

Après avoir laissé une demande signée de documents complémentaires, malgré ma relance par recommandé au Directeur Général des Services, je n’ai eu accès à aucun des documents attendus. Contrairement, une fois de plus, aux engagements pris par Mr le Maire suite aux exigences de la CADA.

L’adage dit qu' »à la parole, on connait l’homme »… On sait donc à quoi s’en tenir…

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La comptabilité à géométrie variable

Soyez rassurés: lorsque vous allez consulter les contrats, les photocopies vous sont facturées au centime près. Par contre pour savoir combien de dizaines de milliers d’euros ont été dépensés dans un tel évènement, cela devient subitement plus vaporeux…

paiement

 

Que nous apprend le contrat ?

1- Sur la forme:

Voici un contrat qui présente un budget prévisionnel de … 187 000 euros. Et bien, vous n’y trouverez

  • ni numéro de page, ni le nombre total de pages. Le b-a-ba d’un contrat tout de même.
  • les annexes ne sont pas complétées: officiellement il y avait donc besoin de XX tentes, une remorque podium et XX barrières… c’est dire si cela n’a pas dû couter cher à la commune…
  • aucun retro-planning

En résumé: nul doute que si une association de Saint-Jean-d’Illac présentait un dossier de demande de subvention pour 1000 euros ainsi formulé, elle se ferait retoquer.

2- Sur le fond:

  • aucune présentation préalable de ce projet, de ce contrat, ni d’habilitation aux fins, n’ont eu lieu en commission ou en conseil municipal alors même qu’il a été signé au mois de Mai 2016.
  • Les apports matériels: l’association partenaire « met à disposition le parc matériel dont elle dispose »: rien ne dit que ce parc est suffisant. On ne sait donc pas qui apporte les compléments.
  • Les apports financiers: on y apprend que les apports financiers de l’association et de la société partenaires sont « plafonnés à 7500 € chacun (incluant les recettes des patentes de stands et les financements de partenaires sollicités »: autrement dit les deux partenaires apportent des financements très limités et fondés sur la facturation de l’occupation des espaces de stands et des subventions reçues par ailleurs. En un mot: les apports financiers sont essentiellement à la charge de la Ville. Mais le meilleur est à venir…
  • « Partage du résultat »: on découvre que les deux partenaires s’ils récupèrent 15% des résultats s’ils existent, ils ne peuvent en revanche contribuer au déficit pour plus de 7500 €, soit le montant de leurs apports… En un mot: tous les risques sont pour la Ville. En cas de déficit, il est intégralement à la charge de la Ville.
  • Partage spécifique des bénéfices issus du bar et de la restauration: les deux partenaires récupèrent 50% de ce qui ne peut être déficitaire…
  • Les comptes définitifs devaient être livrés au 20 Septembre 2016. Au 06 octobre, ils n’étaient toujours pas disponibles. À ce jour, ils n’ont toujours pas été communiqués.
  • Le contrat d’assurance nous apprend, lui, que Illac-en-Scène aurait pû être annulé du fait de Vigipirate, à la charge exclusive de l’assureur. En un mot: en cas d’annulation, cela ne coûtait rien à personne. Tout était pris en charge par l’assureur.

 

Quelles informations ont été demandées ?

En date du 06 octobre 2016, les services de la Ville m’affirmaient ne pas être capables de me donner le bilan financier de l’opération et de ne pas disposer de l’état de la billetterie ainsi que des recettes annexes.

J’ai donc demandé par écrit les informations complémentaires suivantes. Ces demandes sont restées sans réponse à ce jour.

Concernant la fréquentation:

  • la jauge déterminée par la Commission de Sécurité
  • le bilan de la billetterie (exonération / places payantes aux différents tarifs)

Concernant le budget:

  • les comptes définitifs réalisés de l’opération qui devait être fournis le 20 septembre 2016
  • l’analytique des frais engagés par la Mairie de Saint-Jean-d’Illac
    • le détail des frais de communication à la charge de la Mairie de Saint-Jean-d’Illac
    • le détail des frais de sécurité à la charge de la Mairie de Saint-Jean-d’Illac
  • le coût du déploiement exceptionnel des forces Vigipirates
  • le coût du terrassement réalisé pour l’opération Illac-en-Scène (stabilisation du terrain des Badines et autres opérations sur ce terrain)
  • le résultat financier de l’opération en y intégrant l’ensemble des coûts directs et indirects.

Concernant les recettes annexes:

  • le montant de ventes du bar et de la restauration 

Concernant le montage de l’espace de concert:

  • La mairie est-elle la commanditaire de la location et le montage des gradins?

Pourquoi ces demandes ?

 

La fréquentation: 

  • La jauge autorisée par la commission de sécurité permet de savoir le public qui était attendu. Et donc d’avoir une idée du remplissage. Même si on sait que la distance de la scène aux gradins a été ajustée pour diminuer la jauge initiale au regard des réservations.
  • Le détail de la billetterie permet de connaitre la part des illacais par rapport aux extérieurs. Même si l’on sait que des places à « tarifs illacais » ont été massivement vendus à des non-illacais. Pourquoi est-ce important? les illacais payent en réalité deux fois leurs places: par leurs impôts et par leur règlement. En plus, ils payent une partie de la place des non-illacais.

Le budget: 

Le comptes définitifs réalisés de l’opération:
Lors du Conseil Municipal du 03 octobre 2016, (cf p.34 PV de ce Conseil Municipal), Monsieur le Maire déclare: « Nous maintenons comme évènement phare de notre saison culturelle le festival d’Illac en Scène. On peut dire que le résultat est déficitaire de 60 000 € ».

Dès lors, deux choses ou l’une: soit Monsieur le Maire disposait réellement des chiffres lui permettant d’affirmer en séance publique ceux qu’il a annoncés. Et dans ce cas, les informations m’ont été délibérément interdites. Soit Monsieur le Maire a formulé une déclaration fantaisiste pour ne pas dire fictive lors de cette séance publique du Conseil Municipal. C’est dire la haute opinion qu’il se fait de cette institution et des personnes qui y siègent.

Mais en fait c’est par un échange informel avec l’adjoint aux finances que je trouverai un peu plus tard la réponse à cette question…

L’analytique des frais engagés par la mairie:

illac_en_scene_webC’est ce qui permet de savoir comment les autres comptes de la Ville ont été mobilisés: par exemple le site internet de Illac-en-Scène a été développé par l’Agence de Communication délégataire du marché d’impression (on notera au passage que la Ville n’est même pas propriétaire du nom de domaine… pratique si on veut changer d’agence de comm…) Bref. Cela permet, dans un marché existant, d’y affecter une dépense qui en réalité est pour cette manifestation… mais qui n’apparaitra pas comme une dépense officiellement liée à cette manifestation… cela permet de masquer certaines dépenses… comme la location de matériel pour la restauration des artistes, livré dans une cantine de la Ville, et qui sera certainement imputée… au service éducation… Pratique!

Il en va de même pour les agents municipaux utilisés pour la manifestation – par exemple les services techniques. Ils sont « normalement » payés par la Ville. Donc lorsqu’ils travaillent pour Illac-en-Scène, officiellement cela peut ne pas apparaitre comme une dépense dans le cadre de Illac-en-scène… Sauf si…

Sauf si … on fait un budget analytique. C’est-à-dire que toutes les dépenses visibles et invisibles, directes et indirectes sont compilées dans un seul et même budget. Et là on peut alors savoir combien a coûté l’opération. Les associations illacaises savent bien de quoi on parle, car, désormais, à chaque fois que l’on demande un soutien logistique, technique ou matériel, à la Ville, elle n’hésite pas à rappeler que cela a un coût pour les comptes de la Ville. Heureusement, lors de ce même Conseil Municipal du 3 octobre 2016, Monsieur Hervé Seyve déclare s’adressant à un conseiller municipal d’opposition (p.33) « l’expert en compta analytique vous répond Monsieur Quintano ». Ce budget analytique doit donc sans aucun doute exister !

Le coût exceptionnel lié à Vigipirate:

Ce coût est une information importante. En effet les moyens déployés pour assurer la sécurité des festivaliers ont été importants. Outre les dispositifs de bétons et les camions déployés, d’importantes forces de sécurité républicaines, militaires, et de gendarmerie ont été mobilisées. Or la loi prévoit que « les coûts des services d’ordre mis en place par les forces de l’ordre sont systématiquement facturés selon les tarifs prévus par l’arrêté du 28 octobre 2010 dès lors que ces services excèdent les obligations normales qui incombent à la puissance publique. » cf question écrite Sénat. Dès lors, une part de ces dépenses engagées par les services de l’État peut être refacturée à la Ville, puisqu’elle est l’organisatrice de l’évènement.
Quant au fait qu’il ait fallu ré-évaluer la sécurité du fait de ma modeste audience, voici l’article publié par CultureBox, le site Culture de France Télévision, en date de juillet… ce qui représente quand même autre chose en terme d’audience… mais plus c’est gros plus ça passe…

Le coût du terrassement du terrain des Badines:

Tout le monde a pu constater les buttes de terre qui entourent désormais le terrain de Badines. Seuls ceux qui ont été voir le terrain ont pu constater qu’une partie de cet espace a fait l’objet d’un terrassement en stabilisation pour pouvoir faire grimper les gradins à plus de 7m. Cela a un coût. Coût que le Maire cherche déjà à masquer puisqu’il déclare « Concernant les quelques coûts d’aménagement et de stabilisation du terrain, je vous rassure ils seront amortis sur un grand nombre d’exercices ». Pour ma part j’évaluais dans un billet précédent cette dépense à 42 000 euros. Le projet du Maire est de procéder à un « étalement » de la dépense sur plusieurs exercices, au motif qu’il souhaite refaire d’autres éditions de Illac-en-Scène à cet endroit. Il en a le droit. Mais pour autant, cela aura quand même coûté le montant de ces travaux. Et avec un risque que le coût réel soit… masqué.

La location et le montage des gradins:

Pourquoi cette question est-elle capitale ? Parce que la société à qui a été confié le montage, ne disposant que de l’infrastructure, a recruté via une agence, des intérimaires pour effectuer le montage. Sans formation préalable. Et plus grave sans aucun équipement de sécurité pour ces intérimaires: pas de chaussure de sécurité, pas de casque, pas de formation pour un équipement de sécurité. Et sur le site des incidents qui auraient pu se terminer de manière dramatique, tel qu’une chute d’une plaque de sol, du haut du gradin, tombée à quelques mètres d’un intérimaire travaillant au sol. Avec des cadences infernales de montage, au point que plusieurs n’ont pas fait la totalité de la mission face aux dangers constatés.

Le bal masqué

Comme je le disais plus haut, c’est par un échange informel avec Monsieur Guillemet, adjoint aux Finances, que j’ai fini par comprendre comment tout ce petit monde allait s’en sortir. « Moi ce que je veux c’est qu’à la fin, il y ait marqué – 60 000 … pas plus, pas moins! » m’expliqua-t-il…
Évidemment… en fait, il suffit de « planquer » dans les comptes tous les frais, factures, coûts humains, qui dépassent de cette fameuse « limite » pour le déficit, pour laisser à penser que cette opération n’a été déficitaire « que » de 60 000 euros. Un vrai bal masqué je vous dis!

Et pourtant… 60 000 euros de pertes sur une seule opération c’est quand même plus de 4 ans de SMIC pour un travailleur lambda… C’est aussi 6 personnes en gilets jaunes pour assurer la sécurité de nos enfants, en contrat aidé, pendant… 10 ans.
Tout est affaire de choix.

Et à ce jour, le coût direct de 286 000 euros que j’annonçais n’a, de fait, toujours pas été infirmé… On sait déjà que le budget prévisionnel était à 187 000 euros. Cela signifie que si on intègre les autres frais, en budget analytique, cela nous amènera hélas assez facilement à ce montant.

La suite au prochain épisode…

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