Une intercommunalité impérative et fondée sur un projet collectif

L’intercommunalité est le regroupement de communes ou municipalités dans une structure légale en vue de coopération dans un ou plusieurs domaines comme l’eau, les ordures, les transports ou d’infrastructures comme les piscines ou bibliothèque, de développement économique, d’aménagement ou d’urbanisme. (source Wikipedia)

 

Dans ces prochains mois, va se jouer une étape clé pour l’avenir de la commune de Saint-Jean-d’Illac.

Les faits:

– Obligation est faite à toute les communes de France d’intégrer une intercommunalité.
– C’est aux communes de faire un choix pour rejoindre une intercommunalité.
– Le préfet quant à lui fait une proposition
– L’intercommunalité à laquelle la commune doit être rattachée doit donner son avis.
– In fine c’est le préfet qui décide après avis de la CDCI.

Le contexte:

– L’équipe de Saint-Jean-d’Illac a été élue. Parmi ses positions de campagne: celle de construire une intercommunalité avec la ville de Martignas, voire avec Cestas et Canéjan. Cette hypothèse a été présentée par opposition avec celle de rentrer dans la CUB.
– Le préfet de Région a formulé la semaine dernière une proposition pour faire rentrer 8 communes dans la CUB dont les 4 évoquées ci-dessus.
– Un nouveau préfet vient par ailleurs d’être nommé (Mr Stéfanini, proche d’Alain Juppé).
– Le président de la CUB, Vincent Feltesse a pris position. Il se déclare très réservé sur l’hypothèse de rentrée de ces huit communes dans la CUB.

 

La difficulté: comment ne pas « subir » la décision d’un préfet ?

Pour cela il me semble qu’il nous faut :
– afficher une position politique claire et argumentée.
– mettre en partage cette position avec les habitants.
– engager un rapport de force avec les services préfectoraux.

 

Ce qui est en jeu pourrait se résumer par:
– comment comprendre le rapport de force politique ? (eq. quel serait le poids de la décision des personnes élues par les citoyens illacais dans les choix qui les concernent et les impactent ?)
– comment se traduiraient les compétences de la CUB si nous devions intégrer l’agglomération ? (et notamment quel serait l’urbanisme illacais dans une telle hypothèse)
– comment imaginer que l’identité de notre commune soit compatible avec celle de l’agglomération ?
– comment imaginer un développement local qui soit une véritable alternative à la logique « CUB » ?
– quel sera le poids de la décision des personnes élues par les citoyens illacais dans les choix qui les concernent et les impactent

– si ce n’est pas notre intérêt, est-ce que c’est l’intérêt de la CUB ? (le cas échéant, si ce n’est intéressant pour personne, alors…)

 

C’est pourquoi je propose ici, quelques éléments de réflexion. Ce ne sont que quelques éléments, qui j’espère pourront nourrir les débats.

 

Ma position est claire: construire une intercommunalité incluant Cestas, Canéjan, Martignas et Saint-Jean-d’Illac.

Pourquoi ?

1/ le rapport de force politique:

Ce dont nous parlons met en comparaison une intercommunalité à 4 et une agglomération à … 35 communes. Que pèsera Saint-Jean-d’Illac dans les prises de décision? Dans les modèles qui se présentent à nous, pour les huit communes, nous pèserions… 2 vice-présidences. Compte-tenu du mode de fonctionnement de co-gestion, nécessairement apparaîtraient 1 VP de droite, 1 de gauche. « Naturellement », celle de gauche reviendrait sans doute à Pierre Ducout, ancien parlementaire, au regard des rapports de force locaux à gauche.

Il n’en demeure pas moins que notre géographie politique présente quelques contradictions, comme par exemple le découpage du canton Mérignac 2, à cheval sur la CUB et le hors-CUB. Pour autant il pourrait justement intéressant de profiter du prochain redécoupage des cantons pour proposer un canton qui serait cohérent avec notre nouvelle intercommunalité.

Ainsi notre poids politique se renforcerait considérablement entre une intercommunalité forte et un conseiller général capable de défendre les intérêts de cette intercommunalité au Conseil Général.

Pourquoi cela est fondamental: parce que souvent on confond l’agglomération et la métropole. L’agglomération c’est la CUB, et elle existe. La métropole, elle, n’existe pas. Et pour le coup la course de vitesse est lancée: pour autant que l’on ne pèserait rien dans la CUB, si demain une métropole devait apparaitre et si nous devions y être intégrés, nous le serions en tant qu’interco, c’est-à-dire avec un autre poids qu’une simple commune de 7000 habitants.

C’est pourquoi il est urgent de construire une intercommunalité rapidement, sur des valeurs réelles, fondées et pérennes. Pas juste parce qu’on ne veut pas de la CUB. C’est à cette condition d’un projet commun et partagé que l’intercommunalité aura du sens et présentera des objectifs capables de démontrer la pertinence de notre proposition alternative.

 

2/ les compétences particulières de la CUB:

Les transports: lorsqu’une ville comme Saint-Médard-en-Jalles (30 000 habitants) n’a toujours pas le tramway et une seule ligne de bus vers Bordeaux, l’idée selon laquelle l’entrée dans la CUB permettrait de développer les transports vers Bordeaux pour nos jeunes et nos salariés constitue… un joli mirage! D’autant que dans le même temps, au titre de l’égalité d’accès, ces mêmes dispositifs de transport devraient aller jusqu’à … Macau, Cestas, etc…
La gestion des déchets: nous avons des hectares…
L’urbanisme: au regard des réserves foncières de notre ville, la tentation d’une urbanisation à outrance, que nous ne maitriserions pas constitue un vrai risque. Au moment où la CUB travaille sur la densification urbaine, c’est-à-dire faire plus de logements à surface constante, un tel « élargissement » du périmètre, générerait inévitablement une approche d’étalement urbain avec un coût en terme de développement durable catastrophique: Saint-Jean-d’Illac deviendrait alors une ville dortoir, les voies d’accès à Bordeaux Centre devenant alors des voies dont il faudra inexorablement augmenter les capacités.
Les voiries: à cet endroit deux choses ou l’une: si l’hypothèse d’entrer dans le CUB a une chance sur 10 de devenir réalité, alors nous devons impérativement cesser tous travaux de voirie ! Autant les laisser à la CUB et redéployer les moyens sur les chantiers prioritaires.
Le développement économique: l’idée saugrenue que la CUB viendrait développer nos zones de développement économique me parait un contresens: que pèsera notre Zone de Développement Economique face à Euratlantique ? Alors même qu’aujourd’hui Mérignac se mobilise, de crainte d’un flux des entreprises vers le pôle Euratlantique, que pèserait Saint-Jean-d’Illac? Sauf… en matière de logistique… mais là c’est pareil, souhaite-t-on que Saint-Jean-d’Illac devienne une immense zone logistique entre l’aéroport et l’autoroute? Alors même que sont développées plusieurs plateformes intermodales pour le frêt avec le soutien du Conseil Régional d’Aquitaine, de la CUB et du Conseil Général…

 

3/ le respect de l’identité qui caractérise notre commune:

Les quatre communes ont en commun:
– leur urbanisation (pavillonnaire, même si la densification est nécessaire)
– leur imbrication dans le milieu naturel et notamment forestier, avec une activité économique qui en découle (la sylviculture)
– un choix de vie de bien des citoyens hors du milieu urbain (même si beaucoup travaillent en milieu urbain; ce qui pose des questions en terme de déplacements et donc de développement durable).
– un niveau d’équipement éducatif, culturel et sportif assez élevé (Saint-Jean-d’Illac étant en train de monter en puissance, notamment au niveau culturel après plusieurs années de déshérence liée à des choix politiques des équipes précédentes).

Aujourd’hui entrer dans la CUB signifie:
– l’abandon des Plans Locaux d’Urbanisme des 4 villes pour souscrire au PLU de la CUB (alors même que celui de Saint-Jean-d’Illac est en construction). Ce qui implique un modèle d’urbanisation donc la « culture », le modèle, n’est pas celui de nos territoires. Certes la CUB pourrait produire des zonages particuliers. Mais dans cette CUB à 35 communes quel serait le poids politique réel de nos communes pour peser dans les décisions d’urbanisme.

Ainsi, si nous souhaitons conserver notre « destin », c’est-à-dire notre capacité à peser dans les décisions qui nous concernent, il est évidemment plus simple de peser à 4 qu’à 35 !

4/ un développement local alternatif est donc fondamental pour la pertinence de cette proposition:

Certes la CUB attire les jeunes (et les moins jeunes).
Mais essentiellement sur de la consommation de services (culturels, marchands essentiellement). Un vrai bonheur pour nous autres, « forces de gauche ».
Cela pose la question aussi des services d’intérêt général à l’échelon local (y compris en terme d’offre donc).
Ce qu’ont réussi Cestas et Canéjan avec leur « offre locale » avec un haut niveau de service: offre culturelle, cinéma, vie associative, sportive, etc… Martignas est également dans cette perspective.

Pour y parvenir il convient donc de développer:

– des équipements locaux culturels, éducatifs et parentaux
– des équipements pour nos ainés

– des solutions  de transport au sein de l’intercommunalité.
– dans une logique intercommunale, d’articuler nos offres, nos propositions, et de coordonner nos nouveaux équipements

Les pratiques intercommunales, elles, sont déjà un fait: dans le sport, dans la culture, etc…
Si l’hypothèse que l’on souhaite retenir, c’est que demain les illacais se rendent à la médiathèque de Mérignac, on risque d’aller dans un contresens de tout point de vue. Même la commune de Mérignac ouvre désormais des médiathèques de quartiers, et aménage son territoire avec son bibliobus. C’est dire, ses propres besoins d’aménagement du territoire !

Dans le même ordre d’idée, on peut imaginer qu’on sera en capacité de limiter les flux Saint-Jean-d’Illac vers Mérignac si, à la manière de ce qui a été fait pour les collèges, le principe d’un lycée intercommunal était mis en oeuvre.

C’est donc bien deux modèles de développement territorial qui s’opposent:
– l’un rayonnant et convergeant vers Bordeaux Centre : ce sera le cas en intégrant la CUB mais…même la CUB revient de ce modèle!
– l’autre sous la forme d’un « ruban » intercommunal, sur sa logique, son identité.

 

5/ Une nécessaire concertation à condition qu’elle débouche sur une capacité de mise en oeuvre réelle:

La concertation citoyenne constitue une piste de travail intéressante. Deux points fondamentaux dans cette hypothèse:

– Il faut que le débat soit posé avec tous les éléments d’information, tant du point de vue des enjeux que des conséquences.
– de même il est important que le débat des citoyens débouche sur des résultats concrets. Il faut pour cela s’assurer qu’au regard des retours, nous avons la certitude de pouvoir agir. Sinon dans un contexte d’abstention massive lors des scrutins récents, on va finir par convaincre les gens que leur vote ne sert a rien.
Un débat oui mais pas un débat pour rien.

 

6/ Question subsidiaire: est-ce que c’est l’intérêt de la CUB ???

L’entrée de 8 communes déséquilibrerait totalement le budget de la CUB et serait de nature à produire de nouvelles tensions budgétaires venant se cumuler avec les tensions existantes liées principalement à:
– la réforme des collectivités territoriales et notamment le volet fiscal
– la concurrence que se font les zones de développement économique dans le contexte de désindustrialisation locale (cf le cas Ford).

C’est pourquoi Vincent Feltesse a clairement expliqué ses réserves (pour ce qui concerne la CUB – concernant la métropole c’est d’autre chose qu’il s’agit).

On ne peut désormais attendre davantage de rentrer sérieusement et concrètement dans ce projet. Nous n’avons pas 1 an. Ne pas se positionner aujourd’hui c’est implicitement accepter de rentrer dans la CUB. Clairement. Simplement.
Nos engagements doivent se traduire par un projet opérationnel rapide et concret. Il ne peut s’agir d’une « boite à outil » mais bien d’un projet collectif, volontariste et fondé sur des valeurs communes et explicitement partagées.
Sans chercher des positionnements stratégiques à 18 bandes.
Juste faire ce que l’on a dit que l’on ferait.

L’objet est donc que ces apports puissent faire l’objet d’échanges, de contradictions, de commentaires pour amorcer un débat salutaire. Et nécessairement rapide.

Gérald Elbaze

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