OpaCity – Épisode 2: grandes ambitions, paillettes et faible luminosité…

OpaCity - Épisode 2: grandes ambitions, paillettes et faible luminosité...

Pour ce deuxième opus de « vis ma vie à OpaCity », je vous propose de découvrir quelques autres aspects du pilotage de notre ville en mode « 50 nuances de gris »: on n’y voit rien, on n’y comprend rien, même pour celui qui fait de sérieux efforts pour tenter d’y voir clair. Alors pour le citoyen qui souhaite juste disposer de l’information c’est « circulez, y’a rien à voir »

Et nous avons même le nouveau poste de dépenses qui justifiera la vente de parcelles… c’est à découvrir dans cet article !

Des comptes opaques:

Le Conseil Municipal du 1er Février 2017, a permis de franchir une nouvelle étape dans l’opacité de la gestion de la commune. Le budget primitif est ce qui permet d’indiquer comment va être gérée la commune pour l’année 2017: comment on envisage de collecter (recettes) et de dépenser (dépenses) tant pour les investissements que pour le fonctionnement. 

Sur ce document on peut voir que les chiffres de droite (colonne Propositions nouvelles) sont un simple copié / collé du chiffre de gauche, au centime près. Et que, par miracle, dans le compte 6488, « Autres Charges » (en rouge), par définition imprécis, apparait une augmentation de 209 000 € !! Autrement dit on ne sait pas où cela va augmenter mais on sait que cela vaut augmenter et pas qu’un peu: de 209 000 euros précisément.
Officiellement, il s’agit d’un « problème sur le logiciel, il y a un petit paramétrage, un bug… et on a fait dans la ligne « charges » un ajustement. Ça c’est de la bonne gestion! » (Fabrice Guillemet, adjoint aux finances)
Comment dire…:

  • ce n’est pas un bug c’est un budget faux (quand bien même les sommes seraient justes)
  • une fois de plus, on est sur un document qui ne permet pas de voir les réalités (et de voter en conséquence)
  • comment peut-on être sûr qu’il n’y a qu’à cet endroit qu’il y a des ajustements qui masquent la réalité ?
     

 

Des opérations pour briller mais aux budgets opaques:

Illac-en-Scène:

J’y revenais dans un article précédent, mais rien n’a évolué depuis: l’opération Illac-en-Scène, dont le budget devait être clôturé le 20 septembre 2016 et dont les comptes analytiques devaient être communiqués, ne le sont toujours pas.

Miss France

L’accueil de la Finale Régionale de Miss France: pareil. Aucune information, mais des photos dans la presse pour un évènement pour le moins discutable en terme d’image de la femme…

 

Le nouveau projet pharaonique: le Conservatoire de l’Air et de l’Espace d’Aquitaine

C’est je crois le pire: la Ville nous annonce qu’elle est obligée de vendre des parcelles au coeur des lotissements, non pas par choix d’un nouvel urbanisme, mais par nécessité budgétaire, et elle se propose de mettre encore des moyens financiers dans un équipement qui n’a rien d’impératif pour la commune et qui posera même des problèmes de surcharge supplémentaire des axes routiers. Et c’est au détour d’une simple communication au Conseil Municipal (mais également dans la presse) que nous apprenons que:

« Très rapidement, nous prendrons une délibération de déclaration de projet pour créer l’ensemble des conditions d’accueil de ce Conservatoire, dans les meilleurs délais et dans les meilleures conditions, plutôt que de finalement laisser courir le risque d’une dispersion de la collection. L’objectif aujourd’hui était de vous informer et que justement vous ne puissiez pas nous dire au prochain Conseil que nous ne vous avions pas informés. Vous avez l’info et je vous renvoie à la presse et au site du Conservatoire et de certaines institutions si vous avez besoin de plus d’informations.  »

— Hervé Seyve – Conseil Municipal de Novembre 2016 – p.6/8

À travers cette lapidaire intervention, on mesure toute l’idée de l’opacité d’un tel projet: 

Combien cela va coûter en investissement ? Combien cela va coûter en fonctionnement ? Il va falloir vendre combien d’espaces verts pour financer un tel projet ?

Pour Hervé Seyve, « informer » signifie « voilà ce que je vais faire », sans rien dire sur « voilà quel sera l’impact pour les habitants ».

Et puis, au détour d’un article dans Sud-Ouest, on découvre que Hervé Seyve planche sur un projet depuis 15 mois (!) qui évidemment ne figurait pas dans ses engagements de campagne, et dont la dépense d’investissement est évaluée à 10 millions d’euros, sans que l’on sache bien la part qui incomberait à la Ville et sans que l’on sache ce que cela pèserait en subvention de fonctionnement chaque année.

Résumons-nous: officiellement nous sommes obligés de vendre des parcelles pour boucler nos budgets, mais on irait se lancer dans un projet tout en paillettes dont nous n’avons clairement pas les moyens! Monsieur l’Adjoint aux Finances aurait-il perdu son sacro-saint audit KPMG ? 

 

Alors même que les projets enclenchés ont bien du mal à se réaliser

2014: Mme la Députée Marie Récalde propose d’intervenir par le biais de sa réserve parlementaire pour soutenir des projets de mise en accessibilité des bâtiments publics. Refus de la nouvelle équipe de Hervé Seyve, qui préfère la mobiliser pour la « réalisation  de travaux de rénovation avec création d’un jardin pédagogique inter-générationnel avec les enfants de l’ALSH » (délibération 2014-06-15 – p14/24 – Conseil Municipal du 23 juin 2014)

La subvention de 12 000 euros est malgré tout accordée sur la base de ce projet. Depuis… silence radio.

  • 2014: aucune réalisation.
  • 2015: aucune réalisation.
  • 2016: aucun réalisation.
  • 2017: toujours rien en vue.

L’enveloppe est intraçable dans les comptes. Et les enfants n’ont toujours pas de jardin pédagogique. Qu’est devenue cette somme ? 

Tout ça est tellement opaque que ça devient … invisible: trouver les comptes sur le site de la Ville

Il faut s’armer de patience pour pouvoir tracer tout cela. Pour ce qui me concerne je n’ai pu le faire qu’après avoir formulé plusieurs recours auprès de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) qui aura pour conséquence plusieurs rappels à l’ordre de l’équipe municipale.

Mais aujourd’hui encore, les documents sont impossibles d’accès. Par exemple le Compte Administratif 2015 et le compte de gestion 2015 qui permettent de savoir ce qui a été concrètement dépensé et concrètement perçu sont évidemment… non publiés sur le site de la Ville. Alors même que c’est une obligation. Et qu’il a été adopté le 20 juin 2016 ! (délibération 2016-48)

 

Une concertation avec les habitants… tout aussi invisible:

L’installation d’une Centrale d’Enrobés à fait l’objet de plusieurs accords de la part de Hervé Seyve dès octobre 2015, comme l’atteste le document suivant:

Et pourtant, la délibération présentant le projet sera présentée juste avant l’été, en toute discrétion (20 juin 2016 – Délib 2016-40)  et l’enquête publique, obligatoire, ne sera lancée qu’au coeur de l’été 2016. Avec une information réduite à sa plus simple expression.
De retour de leurs congés, les illacais.e.s découvriront que les enquêtes publiques ont été lancées durant l’été, sans communication réelle, en leur absence…

Encore une approche bien peu transparente de la démocratie locale.

Sans oublier des missions opaques

Dès 2014, suite à l’embauche d’un collaborateur de Cabinet (ce qui ne pose en soi aucun problème) la question est posée lors du Conseil Municipal du 17 novembre 2014 quant aux missions précises de ce collaborateur amené à se déplacer pour le congrès des Maires de France:

Question: « Lors du Conseil Municipal du 19 mai 2014, vous avez souhaité l’embauche d’un collaborateur de cabinet et nous avons voté contre. Vous n’aviez alors pas précisé les missions de ce collaborateur. Aujourd’hui, pouvez-vous préciser quelles missions et mandat spécial vous lui affectez que nous comprenions un tel régime dérogatoire, surtout que des dépenses dont l’enveloppe non déterminée finira par grever le budget communal au lieu de servir plus utilement à maintenir l’emploi sur la commune, à être reversé en dotation aux associations ou en maintien de service comme la démocratie locale. »

Monsieur le Maire : « Je vais répondre en deux temps. J’ai décidé d’embaucher un collaborateur de cabinet. Par définition, ce collaborateur me rend compte dans les missions que je lui donne. La réponse à la question s’arrête là. »

En ces temps d’ambiguïté sur les emplois de collaborateur, il pourrait être judicieux d’être moins opaque quant aux missions réellement remplies. Non ?

 

Une conclusion limpide quoique provisoire

Cette manière de piloter les affaires municipales témoigne d’une approche étrange de l’exercice du pouvoir: personne n’a jamais rien à gagner à ne pas faire preuve de transparence dans la gestion des deniers et des chantiers publics. Cela suscite inutilement de la suspicion et contribue à affaiblir l’implication des citoyens et donc à abîmer durablement la démocratie.

Il s’agit sans nul doute d’une des facettes d’une vision autoritaire de la politique: « on a a gagné donc on n’a aucun compte à rendre à personne ». Pour ma part je pense exactement le contraire. On n’a jamais rien à perdre à dire ce que l’on fait, pourquoi on le fait et comment on va le faire (voire comment on l’a fait). Tout au plus cela permet d’alimenter un débat contradictoire vertueux.

On ne peut espérer qu’une chose: que ce coup de pied dans la fourmillère contribue à faire changer les pratiques.

D’autant que les épisodes suivants cheminent…

 

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